Vickers

Vickers

Virginia , Victoria , Valentina

Les forces armées du monde entier furent durement touchées par la politique de désarmement de l'après-guerre, qui se concrétisa notamment par les pactes navals et les grandes conférences intemationales. L°Angleterre avait été particulièrement éprouvée et se trouvait aux prises avec une grave récession économique. Elle chercha donc à réduire au minimum ses dépenses militaires. Ce fut la RAF, la plus jeune des trois armes, dont les budgets subirent les coupes les plus sombres.

 Avec de si petits moyens, la RAF se vit contrainte à des choix dramatiques, qui se traduisirent par la commande à l’industrie d’avions à tout faire - chargés d`assurer la défense de l’Empire britannique dans tous les cieux et sous toutes ses formes... - et en si petites séries, si étalées dans le temps, que les constructeurs ne se sentaient guère enclins à chercher des solutions neuves mais plutôt à se fier tranquillement à l’extrapolation des modèles qui avaient fait leurs preuves au combat. D’où une production d°appareils plu- tôt archaïques par comparaison avec ceux de bien d’autres pays, mais néanmoins solides, simples et fiables, et dont la carrière devait être longue et honorable sinon brillante. Pour illustrer ce type d'avion, nous avons choisi les bimoteurs de bombardement et de transport réalisés par Vickers en réponse à une fiche-programme du Ministère de l’Air datant de 1920 qui donnait les spécifications d’un bombardier à long rayon d’action. Ce programme donna naissance au bombardier Virginia et à l’avion de transport Vernon, dont dérivèrent à leur tour le Victoria et le Valentia, au total 251 exemplaires, la commande militaire britannique la plus importante avant l’ère du réarmement.

 

Le point de vue technique

L'évolution du Virginia atteignit son apogée avec le Mk X, un gros biplan où la structure métallique avait remplacé les composants en bois des versions précédentes. La mâture des ailes comportait 6 paires d’entretoises légèrement inclinées vers l’avant et des croisillons de câble d’acier. La paire intérieure correspondait à l’implantation des fuseaux moteurs, dont la fixation à la cellule était renforcée d`une seconde paire d'entretoises convergentes vers l’axe de l’aéronef. D`envergure et de surface alaire identiques, les ailes avaient une corde constante. Le plan supérieur se décomposait en un plan central (entre les deux fuseaux moteurs) et deux demi-ailes présentant une flèche de 6° et un dièdre de 2°30, tandis que le plan inférieur comprenait deux moignons enfichés dans le fuselage, et deux demi-ailes extérieures de même flèche et dièdre que le plan supérieur. Le bord d’attaque des demi-ailes externes était muni, à la hauteur des ailerons du bord de fuite, d’un jeu de becs à fente type Handley-Page. Le fuselage de section rectangulaire était ormé de trois tronçons construits sur des cadres renforcés de raidisseurs en acier. Le tronçon central était en dural et les deux autres en acier. Le revêtement était mixte, tôle d'aluminium et contreplaqué à l'avant, toile pour le tronçon central, toile et tôle de dural à l’arrière. Il y avait une mitrailleuse Lewis de 7,7 mm à l°avant et une ou plus rarement deux autres pour la défense du sec-teur arrière. L’empennage biplan est caractéristique de cette famille. Il était compensé statiquement et aérodynamiquement, avec possibilité de réglage en vol de l’incidence. Quant à l’empennage vertical, totalement mobile, il était dépourvu de dérive fixe. Les structures en étaient métallique et le revêtement en toile. L’amortisseur avant comprenait deux ensembles d'axes et de jambes de force porteurs de deux roues au droit de chaque fuseau moteur, avec des amortisseurs oléopneumatiques Vickers. De même, le patin arrière était équipé d’un amortisseur oléopneumatique et d’une commande d'orientation pour donner à l`avion une certaine souplesse de manœuvre au sol. Divers moteurs ont été montés sur le Virginia X, les Bristol Jupiter et Pegasus entre autres, le plus classique étant le Napier-Lion à 12 cylindres des versions VB et XI de respectivement 470 et 500 cv, refroidi par liquide, avec un radiateur en saillie sous le plan inférieur dans le V de l’atterrisseur. L’alimentation en carburant se faisait à partir de trois réservoirs principaux de 775 litres chacun, qui débitaient dans un collecteur, et, par gravité, à partir d’un réservoir auxiliaire logé dans le tronçon central de l'aile haute. L'équipage comprenait un pilote, un navigateur et deux mitrailleurs - le premier pilote étant assis en place droite dans l'habitacle à l’air libre , le poste du bombardier se trouvait dans le nez, et un panneau rabattable lui facilitait la visée de l°objectif. Une cabine insonorisée était également prévue pour l'opérateur radio. La charge militaire offensive atteignait I 400 kg, avec une masse maximale unitaire de 250 kg par bombe. Elle était chargée partie en soute et partie aux points d’accrochage prévus sous le tronçon central de l`aile inférieure.

 Le frère du Virginia, le Victoria, dut son origine à une fiche-programme datant de 1920 et ayant pour objet un avion de transport militaire utilisable comme bombardier. Il devait pouvoir transporter 25 hommes équipés à 640 km et avoir une autonomie de convoyage d'environ 1150 km. Après une première tentative avec la version commerciale du Vimy et son successeur de 1921 le Vernon, Vickers proposa un dérivé du Virginia qui fit son premier vol le 22 août 1922. A la section du fuselage prés, l’appareil était très voisin des premières versions du Virginia, avec au début deux moteurs Napier-Lion II de 450 cv. Le Mk IV de 1928s’en différenciait par la structure métallique des ailes et de l'empennage, les becs Handley-Page et des moteurs en étoile Bristol Jupiter montés à titre expérimental en raison des problèmes trop fréquents de refroidissement du Napier.

Les versions suivantes, les Victoria V et VI sanctionnèrent de nouveaux progrès de la technologie des moteurs, respectivement le Napier-Lion XI B de 570 cv et le Bristol Pegasus en étoile de 660 cv. L'aboutissement de cette évolution se concrétisa sur le Valentia, de puissance légèrement réduite, mais qui bénéficiait d’une rentabilité maximale de la charge offerte, grâce à un renforcement de la structure de la cellule. Ses performances étaient plutôt en retrait, mais la charge utile augmentait d’environ 320 kg. La différence la plus visible entre les Vickers Victoria et Valentia fut l’adoption d’une roulette de queue à la place du patin.

 

Les versions successives du bombardier Virginia n'ont jamais participé qu’à des activités d°instruction, jusqu'à sa réforme intervenue en 1937.La carrière des avions de transport Victoria et Valentia fut infiniment plus variée et mouvementée. Dès leur entrée en service ils effectuèrent des missions vers l’Egypte, le Soudan, l'Erythrée et l’Arabie, accumulant ainsi une précieuse expérience dans des conditions d°environnement extrêmement sévères. La plus réussie de ces missions se déroula entre 1928 et 1929, à l’occasion du premier pont aérien de l’Histoire. Il s’agissait d’évacuer 586 personnes de Kaboul à Peshawar en moins de 65 jours, pour soustraire la population aux dangers des frictions entre les tribus rebelles et le gouvernement central de l’Afghanistan. L'opération comprenait le survol de régions inaccessibles et de reliefs dépassant 3 000 mètres, en l’absence de toute infrastructure de radionavigation. Elle se déroula selon un horaire rigoureux et sans le moindre incident. Plusieurs de ces appareils reçurent un armement défensif à l’époque de la conquête de l’Ethiopie par les Italiens. I

 

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Date de dernière mise à jour : 14/01/2014

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